Un chief digital officer (CDO) est un dirigeant chargé de conduire la transformation numérique d’une organisation, sans périmètre fonctionnel fixe : selon les entreprises, il coordonne, pilote ou arbitre les projets digitaux à travers les directions. Voici ce que recouvre ce poste, en quoi il se distingue du DSI, du CTO ou du CMO, et ce qu’il coûte réellement.
Deux précisions d’emblée. L’Apec ne publie aucun salaire propre au chief digital officer : nous partons donc d’un salaire de référence par proxy, expliqué plus bas. Quant au titre lui-même, il est contesté : le Cigref l’aurait retiré de sa nomenclature des profils métiers en 2025, d’après la presse spécialisée. Ce guide s’appuie sur des sources ouvertes et datées, et signale ce qui n’a pas pu être vérifié.
Qu’est-ce qu’un chief digital officer ?
Un chief digital officer est un dirigeant de haut niveau qui initie et conduit des initiatives numériques à travers les fonctions de l’entreprise. C’est la définition de deux chercheurs, Kessel et Graf-Vlachy, dans une revue de la littérature publiée dans Management Review Quarterly : les CDO n’ont pas de dédicace fonctionnelle claire, contrairement au DSI ou au directeur des données.
Les mêmes auteurs distinguent deux profils. Les CDO « spécialistes » dirigent aussi l’informatique ou le marketing ; les CDO « généralistes » jouent un rôle d’évangéliste, de coordinateur ou d’entrepreneur interne. Le titre apparaît dès 2005 dans de grands groupes comme MTV Networks et McGraw Hill, puis se répand surtout après 2010.
Sa diffusion reste limitée. Selon cette étude, 5 % des entreprises de l’indice américain S&P 1500 avaient un CDO en 2018, le rôle étant plus présent en Allemagne et en France qu’aux États-Unis ou aux Pays-Bas.
Certains praticiens prédisent même sa disparition, à mesure que le numérique devient l’affaire de tous les dirigeants. Ces données datent de 2018 : elles donnent un ordre de grandeur, pas un état des lieux actuel.
Le sigle prête aussi à confusion : CDO désigne un chief digital officer ou un chief data officer, selon le contexte. Quant au « directeur digital », c’est un intitulé proche, qui peut recouvrir un CDO généraliste ou un poste plus orienté marketing et web selon les entreprises.
Un signal à connaître : le Cigref a supprimé le CDO de l’édition 2025 de sa nomenclature des profils métiers du système d’information, d’après Le Monde Informatique (27 octobre 2025). L’association estime que ses missions sont réparties entre plusieurs directions métiers et que c’est un rôle transversal plutôt qu’un métier identifié.
Nous n’avons pas pu consulter la nomenclature elle-même : le fait repose sur un seul média.
Quelles sont les missions d’un CDO ?
Les missions d’un CDO tournent autour de la stratégie numérique, de la création de valeur et de la conduite du changement. La fiche métier de l’administration française, rédigée pour le secteur public, les décrit assez précisément ; en entreprise, le périmètre varie d’une société à l’autre.
| Mission |
Ce que cela recouvre |
Source |
| Piloter la stratégie numérique |
Définir et conduire la transformation numérique de l’organisation |
Choisir le service public |
| Créer de la valeur |
Identifier les opportunités de création de valeur grâce au numérique |
Choisir le service public |
| Évaluer la performance |
Mesurer le rendement des investissements digitaux |
Choisir le service public |
| Favoriser une culture orientée données |
Sensibiliser, former et convaincre ; la recherche décrit aussi un rôle d’« évangéliste » qui promeut les initiatives numériques |
Choisir le service public ; Kessel et Graf-Vlachy |
| Coordonner les décisions |
Coordonner les décisions stratégiques en matière de système d’information |
Choisir le service public |
Dans les faits, la fonction dépend de la maturité numérique de l’entreprise : dans un groupe très informatisé, le CDO arbitre surtout entre directions ; dans une entreprise traditionnelle, il porte souvent la création d’un canal de vente en ligne ou la refonte de processus. Les chiffres anciens sur la répartition de ces missions (par exemple une étude de 2015) sont trop datés pour être repris ici.
Quelle différence entre CDO, CTO, CIO, CMO, DSI et chief data officer ?
Le CDO se distingue des autres dirigeants par son absence de périmètre fonctionnel propre : il travaille à la croisée de l’informatique, du marketing et des métiers. Le tableau compare les fonctions voisines, à partir des fiches de l’Apec et de la littérature académique.
| Fonction |
Périmètre |
Source |
| Chief digital officer |
Transversal, sans périmètre fonctionnel fixe ; conduit des initiatives numériques à travers les directions |
Kessel et Graf-Vlachy |
| DSI, CIO, CTO |
Toute l’informatique : stratégie des systèmes d’information, cybersécurité, pilotage des projets et des équipes ; l’Apec liste DSI, CTO, CIO, directeur des SI et DOSI comme titres proches |
Fiche Apec DSI |
| CMO, directeur marketing |
Positionnement de l’entreprise, stratégie marketing, coordination des équipes ; peut être rattaché au directeur de la stratégie digitale |
Fiche Apec directeur marketing |
| Chief data officer |
Gère les données de l’entreprise sur tout leur cycle de vie (stratégie, qualité, conformité) ; le CDO digital, lui, s’occupe de l’expérience et des processus |
Fiche Apec chief data officer ; distinction digital/data : un article d’analyste de 2020 (une seule source) |
| Directeur digital |
Intitulé proche, sans définition officielle : CDO généraliste ou poste marketing et web |
Pas de source primaire |
Pour situer le marketing dans cet ensemble, notre guide pour devenir directeur marketing détaille ce poste. Sur les autres fonctions de direction, voyez aussi nos pages sur le chief operating officer et le chief financial officer. Attention au sigle : si une offre d’emploi parle de CDO, vérifiez s’il s’agit de digital ou de data.
Quelle place le CDO occupe-t-il dans le comité de direction ?
Il n’existe pas de règle : le CDO siège parfois au comité exécutif, parfois sous l’autorité d’un autre dirigeant. Quatre exemples vérifiés montrent cette diversité, chacun daté de sa source.
Sanofi a nommé Emmanuel Frenehard chief digital officer le 31 août 2023 ; selon le communiqué du groupe, il est rattaché directement au directeur général, et sa nomination figure parmi les changements annoncés du comité exécutif. Nous n’avons pas vérifié son statut actuel.
Michelin illustre la fusion du digital et de l’informatique : en février 2021, le directeur des systèmes d’information Yves Caseau a repris le digital après le départ du CDO, avec le titre de CDIO groupe, rattaché à un co-gérant, directeur administratif et financier du groupe (Le Monde Informatique, 8 février 2021).
La SNCF a nommé Julien Nicolas chief digital officer du groupe en 2021 ; il est membre du comité exécutif depuis le 1er juillet 2025 et chargé de la stratégie d’intelligence artificielle depuis mars 2025. Selon la page de la gouvernance du groupe mise à jour le 1er octobre 2026, il devient à cette date directeur général de SNCF Connect & Tech.
L’Oréal a fait entrer une « directrice générale digital » à son comité exécutif en avril 2021, sans l’intitulé de CDO. Sa fonction actuelle n’a pas été vérifiée. Le titre compte moins que le rattachement : un CDO sans appui direct de la direction générale pèse peu face aux directions établies.
Quelles compétences faut-il pour devenir CDO ?
La fiche publique du métier retient des compétences de stratégie, de leadership organisationnel et de gouvernance du système d’information, auxquelles s’ajoutent la veille technologique, l’innovation, l’esprit de synthèse, la diplomatie et l’écoute.
Pour un CDO généraliste, la littérature insiste sur la conduite du changement et la coordination plus que sur l’expertise technique : il faut convaincre des directions qui ne dépendent pas de lui.
Il n’existe aucun diplôme réglementé ni parcours unique pour devenir chief digital officer. La seule certification que nous ayons trouvée au répertoire national, « Directeur de la stratégie numérique » (RNCP35445), proposée par Sciences Po Executive Education et visant notamment le métier de CDO, est de niveau 7 mais n’est plus active : son échéance était fixée au 17 mars 2024.
En l’absence de fiche Apec dédiée, on peut regarder les postes voisins : l’Apec décrit le DSI et le directeur marketing comme des profils de niveau bac+5 avec au moins dix ans d’expérience (environ vingt pour un DSI de grand groupe). Les « cinq à six ans d’études » ou le « bac+5 obligatoire » avancés par certains sites d’écoles ne sont appuyés sur aucune source.
Les CDO « spécialistes » décrits par la recherche dirigent l’informatique ou le marketing : ces deux filières sont donc des voies d’accès naturelles, tout comme un poste de transformation en conseil ou en entreprise. Le chemin passe moins par un diplôme que par une expérience de projets transverses et par la confiance de la direction générale.
Quel est le salaire d’un chief digital officer en France ?
Il n’existe pas de salaire de référence publié pour le chief digital officer : l’Apec n’a ni fiche métier, ni famille dédiée parmi les 111 familles de son étude annuelle sur les rémunérations des cadres, et ne donne aucun nombre d’offres pour ce poste. Plusieurs sites d’écoles annoncent pourtant des fourchettes allant de 45 à 300 k€ par an, sans source, ni date, ni méthode : nous ne les reprenons pas.
À défaut, le tableau compare des postes de direction voisins. Les deux bases ne se mélangent pas : la première donne des salaires déclarés par des cadres (médiane, fixe et variable), la seconde des rémunérations proposées dans des offres d’emploi (moyenne).
| Poste |
Base |
Médiane ou moyenne |
80 % des cadres ou des offres entre |
| Direction commerciale |
Salaires déclarés (étude 2025) |
85 k€ |
55 et 138 k€ |
| Direction administrative et financière |
Salaires déclarés (étude 2025) |
80 k€ |
49 et 129 k€ |
| Direction informatique |
Salaires déclarés (étude 2025) |
77 k€ |
— |
| Direction d’entreprise |
Salaires déclarés (étude 2025) |
76 k€ |
45 et 150 k€ |
| Direction de la communication |
Salaires déclarés (étude 2025) |
53 k€ |
38 et 86 k€ |
| Directeur marketing |
Offres (fiche Apec) |
74 k€ |
48 et 113 k€ |
| DSI |
Offres (fiche Apec) |
71 k€ |
45 et 110 k€ |
| Directeur commercial |
Offres (fiche Apec) |
69 k€ |
43 et 100 k€ |
| Directeur des ressources humaines |
Offres (fiche Apec) |
69 k€ |
43 et 95 k€ |
| Directeur administratif et financier |
Offres (fiche Apec) |
67 k€ |
43 et 95 k€ |
| Chief data officer (poste distinct) |
Offres (fiche Apec) |
48 k€ |
35 et 63 k€ |
Les salaires déclarés viennent de l’étude Apec sur 111 familles de métiers (édition de décembre 2025, 26 000 cadres du privé, rémunération brute annuelle fixe et variable). La médiane de tous les cadres est de 55 k€. Les moyennes des offres viennent des fiches métiers de l’Apec, dont l’année n’est pas indiquée.
Pour la suite, nous retenons 77 000 € bruts par an, la médiane de la direction informatique, comme salaire de référence. C’est un proxy et non le salaire d’un CDO : selon le périmètre, le groupe et le rattachement, l’écart peut être très important.
À ne pas confondre : la fiche Apec du chief data officer, un poste distinct, affiche une moyenne de 48 k€ dans les offres (80 % entre 35 et 63 k€). Elle ne renseigne pas la rémunération du CDO digital.
Combien coûte un CDO à son employeur ?
Au salaire de référence de 77 000 € bruts, le coût employeur annuel s’élève à environ 111 100 €. Le calcul suppose une entreprise de 50 salariés ou plus, sans mutuelle ni prévoyance complémentaire, sans versement mobilité, avec un taux d’accident du travail de 1 % (hypothèse). Les taux 2026 sont ceux de la CCI Paris Île-de-France, recoupés avec LégiSocial.
| Poste de charges patronales |
Montant annuel |
| Maladie (13 %) |
10 010 € |
| Vieillesse plafonnée et déplafonnée |
5 734 € |
| Allocations familiales (5,25 %) |
4 043 € |
| Chômage et garantie des salaires (AGS) |
3 273 € |
| Retraite complémentaire Agirc-Arrco et CEG |
7 105 € |
| Contribution d’équilibre technique, Apec, prévoyance décès cadre |
910 € |
| Contribution solidarité autonomie et accidents du travail (hypothèse 1 %) |
1 001 € |
| FNAL, formation, apprentissage, dialogue social |
environ 2 038 € |
| Total des charges patronales |
environ 34 100 € (44 %) |
| Coût employeur annuel |
environ 111 100 € |
Avec la même méthode, un salaire de 71 000 € (moyenne des offres de DSI) coûte environ 102 500 € à l’employeur, 100 000 € bruts coûtent environ 144 100 €, et 150 000 € bruts environ 215 800 €.
Ce sont des ordres de grandeur, hors mutuelle, prévoyance, versement mobilité, bonus non inclus dans l’étude, équipement et recrutement. Contrôlez-les avec un simulateur officiel avant toute décision d’embauche.
Une PME n’a généralement ni le besoin ni le budget d’un CDO à temps plein : à plus de 100 000 € de coût employeur, le poste ne se justifie que si la transformation numérique est un enjeu stratégique. Plusieurs alternatives existent, à choisir selon le chantier.
La première consiste à élargir le rôle d’un dirigeant existant : un DSI ou un directeur marketing qui reprend le digital, comme l’a fait Michelin en 2021. La deuxième est de confier un chantier précis (site, vente en ligne, automatisation) à un consultant ou à un indépendant.
La troisième est de recruter un responsable de transformation digitale de niveau intermédiaire, rattaché à la direction générale.
Reste le management de transition. Selon le baromètre de France Transition relayé par proevolution.pro (premier semestre 2025, publié en septembre 2025), le tarif journalier moyen est de 1 330 € HT et la durée moyenne d’une mission de 6,85 mois. Ces chiffres couvrent tous les profils de dirigeants, pas seulement le digital, et nous n’avons pas pu ouvrir le baromètre d’origine.
À titre illustratif, deux jours par mois à ce tarif représentent 2 660 € HT par mois, soit 31 920 € HT par an ; quatre jours par mois, 63 840 € HT par an. À comparer aux 111 100 € de coût employeur d’un CDO à temps plein : l’écart est réel, mais il compare un coût chargé à un tarif hors taxes, et nous n’avons trouvé aucun tarif public sourcé pour un CDO à temps partagé.
L’intelligence artificielle fait émerger un nouveau titre, le chief AI officer, que certains analystes rapprochent du CDO. Selon une analyse publiée par IBM en 2026, 76 % des organisations interrogées déclarent avoir un chief AI officer, contre 26 % en 2025.
L’échantillon et la méthode ne sont pas précisés sur la page : prenez ce chiffre avec prudence. L’analyste cité compare cette montée à celle du CDO il y a dix ans, avec des résultats mitigés.
Côté cadres, l’étude de l’Apec « Les cadres et l’IA » (juin 2025) indique que plus d’un cadre sur trois utilise l’IA générative au moins une fois par semaine et que 72 % veulent se former. 42 % attendent un fort impact sur les métiers de cadres en général, et 35 % sur leur propre métier.
Ces résultats ne concernent pas spécifiquement les CDO, mais ils fixent le cadre dans lequel ils travaillent : former et rassurer les équipes devient une mission à part entière.
Conclusion
Le chief digital officer est un rôle de coordination plutôt qu’un métier au périmètre stable : son poids dépend du rattachement et de la maturité numérique de l’entreprise, et son avenir est débattu. Faute de données publiques, retenez un ordre de grandeur de 77 000 € bruts, soit environ 111 100 € de coût employeur, et vérifiez-le avec des offres réelles.
Si vous dirigez une jeune entreprise, commencez par clarifier qui porte le numérique chez vous, plutôt que par recruter un titre. Pour aller plus loin, consultez nos pages sur la stratégie go-to-market et sur le rôle du dirigeant d’entreprise.
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