
Depuis le 14 juillet dernier, une échéance discrète mais lourde de conséquences est passée pour toutes les entreprises qui envoient des newsletters ou des campagnes email. La CNIL a aligné les pixels de suivi dans les emails sur le régime des cookies, ce qui oblige désormais à recueillir un consentement avant de mesurer l'ouverture d'un email.
Publiée le 14 avril 2026, la recommandation de la CNIL s'appuie sur l'article 82 de la loi Informatique et Libertés. Elle assimile les pixels de suivi email aux cookies classiques : ces images invisibles insérées dans le HTML d'un email déposent ou lisent des informations dès l'ouverture du message, tout comme un traceur déposé sur un site web.
Le principe devient donc le même que pour les cookies : un consentement préalable est requis, sauf pour deux usages strictement nécessaires — assurer la délivrance technique de l'email, ou fournir un service explicitement demandé par le destinataire. La mesure des taux d'ouverture à des fins commerciales, le scoring comportemental ou le retargeting cross-canal basculent clairement dans le champ du consentement.
Pour les adresses email collectées avant la publication de la recommandation, les responsables de traitement avaient jusqu'au 14 juillet 2026 pour informer leurs destinataires de l'usage de pixels de suivi et leur permettre de s'y opposer. Cette date est désormais dépassée : toute entreprise n'ayant pas encore effectué cette communication est en situation de non-conformité.
Pour les adresses collectées après la publication de la recommandation, l'obligation de consentement s'applique immédiatement, dès la capture de l'adresse email. La CNIL précise que l'inactivité doit être traitée comme un refus, et recommande de ne pas re-solliciter un contact silencieux avant six mois.
Toute entreprise qui envoie une newsletter, une séquence de prospection ou une campagne de fidélisation par email est concernée, y compris les indépendants qui utilisent des outils grand public comme Mailchimp, Brevo ou Mailjet. Ces plateformes intègrent presque toutes des pixels de mesure d'ouverture activés par défaut.
Il ne suffit pas de confier l'envoi à un prestataire pour être couvert : la CNIL rappelle qu'une clause contractuelle confiant la collecte du consentement à un tiers ne suffit pas à démontrer sa conformité. Le responsable de traitement doit pouvoir produire une preuve du consentement à tout moment.
Un audit rapide des outils d'emailing utilisés permet de mesurer l'ampleur du chantier : lister les finalités réelles des pixels déployés (mesure d'ouverture, scoring, retargeting), vérifier que le formulaire de collecte d'adresse email mentionne désormais explicitement cet usage, et s'assurer qu'un lien de désactivation des pixels figure dans chaque email envoyé, au même titre que le lien de désabonnement classique.
Ce qu'il faut retenir : depuis le 14 juillet 2026, les pixels de suivi email exigent un consentement préalable, au même titre que les cookies. Les bases de contacts historiques auraient dû être informées avant cette date. Une bonne gestion administrative de son activité, y compris le choix d'une adresse professionnelle et d'une facturation conforme, passe aussi par la mise à jour régulière de ces obligations numériques.
La CNIL a par ailleurs publié en janvier 2026 des recommandations finales sur le consentement multi-terminaux pour les cookies classiques, un chantier distinct mais qui illustre la même tendance : un encadrement de plus en plus précis du recueil du consentement, terminal par terminal comme canal par canal. Pour les indépendants qui gèrent eux-mêmes leur facturation et leurs outils numériques, ce sont autant de points à ajouter à la liste des vérifications de rentrée.
La recommandation de la CNIL ferme une zone grise qui existait depuis des années sur les pixels emails. Pour les indépendants, l'enjeu est désormais de traiter leurs outils d'emailing avec la même rigueur que leur bandeau cookies, sous peine de s'exposer aux mêmes sanctions.

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